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Date de mise à jour : 2016-04-12

Un tramway nommé désir (2017)

Compagnie Dodeka

Durée : 1h45
Date et lieu de création : 26/01/2017

Intentions,

par Vincent Poirier

origines

Quand je lis Un tramway nommé désir, je pense à ma mère qui cherche inlassablement sa famille. Je pense aussi à mon père qui s'amuse tous les matins de ses vides. C'est la famille que raconte Tennessee Williams. Parfois lourde à porter, celle-ci peut nous entraîner sur des terrains difficilement praticables.

Il en est ainsi du parcours de ma mère.

Elle a été adoptée à l’âge de trois ans par un couple de commerçants qui ont passé leur vie à dissimuler son histoire. Ils se sont enfermés dans un tas de contradictions pour parvenir à enfouir les origines de leur fille, allant jusqu'à croire dur comme fer qu’elle était née chez eux. Sa mère, jusqu'à sa mort, s'était convaincue qu'elle avait enfanté sa fille. Ma mère a donc passé sa jeunesse dans un mensonge qui s'est fatalement brisé avec le temps.

Alors oui, quand je lis Un Tramway nommé Désir, je pense à ma mère qui cherche inlassablement sa famille, à mon père qui chante l'ennui tous les matins. Je pense aussi aux taudis minables dans lesquels j'ai traîné bien trop souvent, je pense à la démarche dansante de certaines femmes après un cognac, je pense à toutes ces bouteilles que j’ai retrouvées coincées entre deux coussins, mais je pense également à mes histoires d’Amour, à la beauté passagère d’une caresse.

Le Tramway est le récit d’une fuite impossible, rappelant entre autres la force inexorable de la famille et qu’il peut être difficile d’y échapper. Un Tramway nommé Désir est une histoire familiale brutale, harassante, perverse et destructrice qui se conclut irrémédiablement par l'exil et le désaveu.

métissages

Dans ce texte, la question du métissage est importante. Dans les villes aujourd'hui les classes sociales se mélangent et des individus très différents vivent dans une promiscuité étouffante. Ce « mélange de genres » déterminera ma mise-en-scène : je considèrerai ces personnages aux trajectoires différentes, qui tentent d’écrire une histoire commune, sous un même toit. Echos d'une société où ceux qui n’ont plus d’espérance en un monde meilleur se contentent de leur quotidien avec un minimum de ressources. Ils sont condamnés à vivre enfermés dans des logements où le partage est devenu une nécessité de survie ; la cohabitation une échappatoire à la misère.

Le huis clos, Tennessee Williams s'en amuse et il exacerbe les rapports humains en créant une ambiance explosive et suffocante. Les malentendus, les incompréhensions sont ici surexposés, et l’intimité de chacun est mise à mal. Rien n’est dissimulé entièrement. La parole de l’autre est souvent mise en doute. Très vite, on découvre les attirances et les rejets des personnages. Certaines situations deviennent alors très ambiguës.

Cette proximité des corps offre un champ de jeu extrêmement intéressant pour les acteurs. Ma mise en scène mettra en lumière la dimension si sensuelle, voire sexuelle de cette pièce. Nous mettrons en jeu le chemin des personnages jusqu'à leurs histoires de sexe.

transgressions

Tennessee Williams invente des personnages transgressifs. Il aborde l’hétérosexualité de face et montre toutes ses déviances. Il invente l’érotisation du corps masculin : son théâtre regorge d’hommes terriblement sexués. Les femmes sont donc essentielles dans son théâtre. Le thème de leur sexualité est directement évoqué - frustrations, envies, besoins masculins, goût pour la chair fraîche - voire leur nymphomanie, ou même la prostitution. Ordinaires ou « mantes religieuses » elles existent par leurs corps.

 « A cet égard, Gore Vidal rappelle pourquoi le film « Baby Doll » d’Elia Kazan en 1956, dont Tennessee Williams avait écrit le scénario, avait déclenché l’ire de l’Eglise, dont l’éminent représentant le cardinal Spellmann avait exigé l’interdiction en salle : parce qu’il était inconvenant de voir sur grand écran une jeune fille qui pouvait avoir, comme un homme, ses désirs, et encore plus blasphématoire de se refuser à son propre mari. Ce qui hérisse le poil de la communauté, c’est que le sexe faible puisse s’exprimer à haute voix, car la « femme » est, à cette époque, une victime de la société américaine, au même rang que les homosexuels. » Catherine Fruchon-Toussaint

Dans les années 50, une partie de la critique présente Tennessee Williams comme un pédéraste se mettant en scène dans ses textes. Elle le voit comme un travesti malade et pervers s'attachant à dénaturer toutes les femmes, les bonnes mères de famille bien normales, et leurs époux fidèles et responsables.

Un point de vue qui mérite que l’on s’y arrête à nouveau, car elle anime encore aujourd’hui nos grands débats sociaux.

« Ce que vous dites est certainement à double sens,

mais ça m’échappe. »

Un tramway nommé Désir

 inspirations

Je m’inspirerai, entre-autres, des personnages bouleversants vus dans les films de John Cassavetes ou de James Gray. Je retrouve dans l’écriture de Tennessee Williams une source commune à celle de ces deux cinéastes : un rythme, une cadence, des répliques, un amour pour les femmes libres. Cette écriture atteint sa cible parce qu’elle se fabrique par amour. J’aime sa démesure et son sens du détail.

Je retrouve également une influence tchekhovienne dans l’œuvre de Williams. Et en particulier dans Un tramway nommé Désir où l’on peut trouver des réminiscences de La Cerisaie ou encore de La Mouette (avec le suicide de l’époux de Blanche en « écho » au suicide de Treplev).

Dans cette pièce, le rôle joué par la prise abusive d’alcool est déterminant. Les ressorts de jeu se fabriquent « sous emprise » dans une exaltation des relations, dans une exubérance des sentiments ; les comportements des personnages souvent ivres, sont alors complètement désinhibés.

Quand je lis Un Tramway nommé Désir je pense à Gena Rowlands et John Cassavetes déchaînés dans le film « Love Streams », je pense à Nina perdue dans La Mouette d’Anton Tchekhov, je pense aux antihéros du cinéma de James Gray. Je pense aussi à une étreinte virile, une façon érotique d’aimer, je pense à une maison hantée par la folie, le désir et le spirituel.

Quand je pense au Tramway, je vois des amours inassouvis, des amants ivres, des aventures sexuelles débridées, le grand Amour.

« Les cloches de la cathédrale…

c’est bien la seule chose propre dans ce quartier »

Un tramway nommé Désir

répertoire

Après avoir adapté le récit autobiographique de Hugo Horiot, L’Empereur c’est moi, il me semblait important de revenir à un texte écrit pour le théâtre. Un texte dit de répertoire, ouvert sur de nouvelles formes telles l'écriture cinématographique. Un texte emblématique qui met le doigt sur des choses toujours au centre de nos débats : le couple, la famille, la place de la femme, la virilité mise à mal, l’alcool...

Pour ce spectacle, je travaillerai avec une équipe de cinq ou six acteurs. Je construits une distribution qui est fidèle à mon travail de mise en scène et à l'histoire d'une troupe : Isabelle Quantin, Sarah Auvray et Nicolas Rivals. Seul le couple Kowalsky sera incarné par deux acteurs nouveaux dans l’équipe : Julie Héga et Rodolphe Dekowski. J'avais envie d'un couple d'acteurs qui n'aient pas les mêmes références, les mêmes habitudes que le reste de l'équipe, à l'instar du couple Kowalski qui est en décalage avec son entourage.  

« J’ai toujours le rythme, je ne peux pas échapper à la cadence,

car ça fait partie de moi »


L'équipe

Auteur/e : Tennessee Williams
Mise en scène : Vincent Poirier
Distribution : Sarah Auvray (Eunice Hubbel), Rodolphe Dekowski (Stanley Kowalski), Isabelle Quantin (Blanche Du Bois), Nicolas Rivals (Harold Mitchell), Vincent Poirier (Steve).
Distribution en cours (Stella Kowalsky)
Décors / scénographie : Charles Altorffer
Costumes : Anaig Le Cann
Création lumières : Olivier Bourguignon
Création bande son : Amélie Polachowska
Autre(s) collaboration(s) artistique(s) : Camille Regnault (assistante à la mise en scène); Mathieu Delangle (construction)

Contacts

Pour afficher les coordonnées de l'équipe artistique Compagnie Dodeka : cliquez ici

Production

Production principale :  la compagnie DODEKA
Co-production et partenariat :  TMC – Scène Conventionnée de Coutances, L’Archipel – Scène Conventionnée de Granville.

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